
Les photographies prises par Jean-Claude WICKY entre 1984 et 2001 dans une trentaine de mines boliviennes et dans les campements qui en dépendent relatent le dur labeur des mineurs de ce pays réputé pour ses filons d’étain.
Alors qu’il escalade les cheminées, rampe dans des boyaux privés d’air ou longe des sentiers vertigineux, Jean-Claude WICKY s’interroge : « Comment photographier l’humidité, la chaleur, le manque d’oxygène, l’odeur âcre du minerai qui imprègne votre corps ? Comment photographier l’obscurité de la mine, épaisse, plus impénétrable que la roche, qui efface tout sens de l’orientation, toute notion de temps et de distance, l’obscurité qui vous brûle les yeux et fait disparaître votre corps ? »
Loin de tout misérabilisme, ce photographe porte un regard plein d’humanité sur un labeur qui en est dénué.

Jean-Claude WICKY est né en 1946 à Moutier, en Suisse. De 1969 à 1975, il voyage autour du monde et fait ses débuts en photographie lors d’un séjour au Japon, dans les années 1972-1973. Sa première exposition À travers l’Amérique indienne, présentée à Moutier en 1978, annonce les travaux qui le feront connaître.
Entre 1984 et 2001, Jean-Claude WICKY accomplit des séjours répétés dans une trentaine de centres miniers boliviens. Il en résulte l’exposition "Mineros, mineurs de Bolivie" et un livre. Partie de Bolivie, cette exposition tourne toujours en Amérique latine. Présentée dans 34 villes et 11 pays, elle a déjà été visitée par plus de 500 000 personnes.
Il commence également à partir de 1995 un travail photographique en Asie du Sud-Est, "A glimpse of Laos", qu’il présentera à Vientiane, au Laos, en 1997.
Il réalise des expositions personnelles et participe à des expositions collectives dans plusieurs villes d’Europe.
Jean-Claude WICKY termine un film documentaire "Tous les jours la nuit" sur les mineurs boliviens.
Ses travaux font partie de collections privées et publiques, notamment celles de la Bibliothèque du Congrès à Washington, USA, de l’Institute of Art de Minneapolis, USA, de la Confédération suisse, du musée de l’Elysée à Lausanne, de la Fondation suisse pour la photographie, des cantons de Berne et du Jura, du musée jurassien des Arts et de la ville de Moutier, Suisse.
Jean-Claude WICKY vit à Moutier et collabore à divers journaux et revues, tels Geo Magazine et Smithsonian Magazine.

C’est un monde oublié dans les profondeurs des Andes. Un univers hostile dans lequel des hommes fouillent les entrailles de la terre au péril de leur vie.
La vague idée que le monde a de la Bolivie, il la doit aux coups d’Etat et plus récemment à la cocaïne. Mais depuis le début de la colonie, la Bolivie est connue comme un pays minier. Les fabuleux filons d’argent du Cerro Rico (La montagne riche) de Potosi découverts par l’indien Huallpa en 1545 ont créé la légende des mines de Bolivie.
Lors d’un voyage autour du monde, je suis arrivé sur l’Altiplano bolivien. L’endroit ne semblait habité que par le vent et le froid, pourtant, c’est dans la sauvage nudité de ces paysages arides, où le temps fait semblant de passer, que vit la moitié des habitants du pays.
Son sous-sol est particulièrement riche en filons de toutes sortes. Argent, or, étain, zinc, plomb, tungstène et bien d’autres métaux indispensables à nos industries. Tous ces métaux vont faire la fortune de quelques-uns et le malheur du pays.
J’ai passé une journée dans une mine. J’en suis ressorti boulversé et je me suis dit : « Un jour je ferai un travail de photographie sur le monde des mineurs boliviens ».
Pendant des années, j’ai été hanté par ces hommes qui cherchent leur destin dans les profondeurs de la terre. C’est en 1984 que j’ai pu commencer ce travail de photographie. Pendant 17 ans je me suis rendu régulièrement en Bolivie pour explorer une trentaine de centres miniers à travers le pays.
Lorsque j’ai commencé ce travail, je ne me suis pas rendu compte de l’ampleur de la tâche.
Comment photographier l’humidité, la chaleur, l’odeur âcre du minerai qui imprègne les corps ? Comment photographier l’obscurité de la mine, épaisse, plus impénétrable que la roche, qui efface tout sens de l’orientation, toute notion de temps et de distance, l’obscurité qui brûle les yeux et fait disparaître les corps ?
Pendant des années j’ai partagé la vie des mineurs boliviens, leurs joies, leurs peines, leurs espoirs, leurs révoltes et leurs terribles alcools. Ils ont des perforatrices, des marteaux, des burins, de la dynamite ; j’avais deux appareils photo, objets dérisoires dans ce labyrinthe dantesque où ils affrontent la roche et dialoguent avec le diable.
Mon propos n’était pas de photographier avec des lunettes roses ni de faire du sensationnalisme misérabiliste. J’ai tenté de raconter la vie des gens de la mine avec le respect qui leur est dû.
J’espère que les mineurs se reconnaî-tront dans ces photographies comme j’ai essayé à travers elles de me reconnaître en eux.
Jean-Claude WICKY
