La maison d’écrivain propose aux visiteurs de tous âges un parcours de découverte sensible entre restitution et réinterprétation.

Le paysage et les décors d’origine dans lesquels les auteurs Maurice et Eugénie de Guérin ont évolué sont préservés. Le visiteur se familiarise dans l’espace d’accueil avec le paysage agricole qui l’environne.

Une fois dans le Château-musée, il découvre la cuisine, lieu central de la vie familiale et domestique de la demeure.

La visite se poursuit à l’étage avec la découverte des chambres, celle de Maurice, la chambrette d’Eugénie, le grand salon...

 
Le cabinet de curiosité

A la Renaissance, puis aux XVIIe et XVIIIe siècle, les cabinets de curiosités sont des lieux dans lesquels l'amateur éclairé collectionne des objets rares liés au règne animal, végétal et minéral ainsi que des oeuvres d'art ou des objets insolites.

Reprenant cette tradition, la plasticienne Violaine Laveaux a conçu pour le Château-musée du Cayla un petit cabinet de curiosités littéraires et poétiques. La chambre d'Erembert, petite pièce située au premier étage du château, se prête parfaitement à cet exercice subtil. Depuis longtemps inutilisée, cette "cabine" hors du temps est donc devenue le lieu d'une installation où les mots guériniens réinvestissent les murs.

Ce nouveau dispositif ouvert à la visite en 2009 est une invitation à mieux revenir au texte d'origine par la médiation des objets et de l'imaginaire...

 
La chambre-journal

En 2011, le Château-musée du Cayla propose un prolongement du parcours de visite permanent. Après le cabinet de curiosités littéraires et poétiques créé en 2009, qui met en exergue la littérature de Maurice et d’Eugénie de Guérin, le visiteur est invité cette fois à remonter le temps et à entrer dans l’univers des générations qui les ont précédées. Une installation est confiée à Elisabeth Autran, décoratrice de théâtre. Celle-ci propose une évocation du Cayla aux XVIIIe et début du XIXe siècles. Deux salles sont investies :

- Dans la chambre d’Antoine de Guérin (le grand-père), est évoquée la gestion agricole du domaine. Les murs blanchis à la chaux accueillent des instruments de mesure agraire. Une table écritoire accueille un cahier-journal du XVIIIe siècle d’où s’échappent des pages qui gagnent les murs et laissent apparaître tout un petit monde : domestiques, métayers, animaux, bonnes et mauvaises saisons… Les événements de la  communauté villageoise, leurs notations en marge, témoignent des pensées à l’image du siècle des Lumières.

- Dans la chambre de Joseph (le père), des textes plus intimes du début du XIXe siècle évoquent à la fois la rusticité et le raffinement des lieux et de ses habitants. Cahiers de chant et de poésie témoignent du goût pour la chose littéraire. Des mots glanés dans les archives familiales redonnent corps à des choses qui ne sont plus. Habits, mobilier, objets du quotidien reprennent vie, écho de tout un passé poétique qui reprend forme par la couleur et la voix.

Ce nouveau dispositif met en exergue les documents d’archives familiales, source ethnologique et historique de premier ordre pour connaître la vie d’un domaine tarnais sous l’Ancien Régime et au début du XIXe siècle. Les livres de raison et cahiers-journaux témoignent des conditions d’exploitation du domaine. Les correspondances et documents personnels, notamment d’Antoine de Guérin de Saigne et de Joseph de Guérin des XVIIIe et XIXe siècles révèlent le goût de la poésie et de l’écriture personnelle au sein d’une famille légitimiste.

Une déambulation entre imaginaire et quotidien pour renouer avec un temps révolu dans une atmosphère sensible. Pour le plaisir du lieu.

 
Maurice de Guérin (1810-1839) 

Maurice de Guérin est le cadet de quatre enfants. Né au château du Cayla, il quitte sa maison natale à l’âge de 7 ans pour le petit séminaire de l’Esquile à Toulouse. En 1821 au collège Stanislas à Paris, il rencontre Jules Barbey d’Aurevilly. Après quelques cours de droit, il revient au Cayla en 1830 au moment de l’insurrection. En 1831, il participe au journal l’Avenir dirigé par Lamennais et à la Revue Européenne. Il connaît une passion pour la baronne de Maistre avec laquelle il entretient une correspondance amoureuse.

De retour au Cayla en 1832 lors de l’épidémie de choléra, il commence la rédaction du Cahier vert. Il suit l’enseignement de Lamennais à La chênaie en Bretagne. De retour à Paris en 1834, il publie des articles dans La France Catholique et s’initie à la vie parisienne avec Jules Barbey d’Aurevilly. En 1835, il écrit Les Pages sans Titre, premier essai de poésie en prose en guise d’ode posthume pour Marie de La Morvonnais et rédige ses poèmes en prose Le Centaure et La Bacchante. En 1837, il se livre à l’autodafé de ses œuvres dont il ne subsiste plus comme original que le Cahier Vert. Marié avec Caroline de Gervain en 1838, sa santé se dégrade et il revient mourir au Cayla en juillet 1839.

Le Centaure sera publié en 1840 par George Sand dans La Revue des Deux Mondes. Contemporain de Lamartine et de Hugo, il est l’un des initiateurs du poème en prose en langue française, difficilement classable dans une chapelle littéraire bien que son œuvre ouvre des questions d’ordre romantique.

Eugénie de Guérin (1805-1848)

Eugénie est l’auteur d’une correspondance abondante qu’elle adresse à des proches (notamment Louise de Bayne) et d’un journal intime qui comporte une douzaine de cahiers qu’elle destine à son frère. Le but de cette correspondance est de maintenir le lien avec un frère qu’elle a élevé à la mort de sa mère et dont elle sent la ferveur catholique chanceler. Si elle comprend son désir d’écriture, elle cherchera toujours à contester l’originalité de la création de Maurice de Guérin dont l’inspiration mythologique n’est pas en accord avec ses convictions. Elle refusera toute interprétation d’ordre romantique et s’opposera à Sand, d’Aurevilly, Sainte Beuve, pour la publication des œuvres complètes qui n’aura lieu qu’en 1860.

Ses écrits apportent un témoignage précieux sur les conditions de vie au Cayla, leur évolution et la mentalité de ses habitants.